mercredi 31 octobre 2007

Principes premiers de la communication sociale

Le concept de communication sociale est souvent défini comme l'exercice, dans l'espace public, d'une forme ou d'une autre de diffusion de contenus d'information en direction de cibles qui sont des groupes sociaux: entreprises, consommateurs, etc. On entend par cela donner à des activités de communication commerciale, telles la publicité ou les relations publiques, une sorte de légitimation "scientifique".

Une telle définition est non seulement incomplète mais elle est surtout très problématique, dans la mesure où... ce n'est pas une définition! En effet, caractériser la communication sociale comme une diffusion de contenus quelconques c'est exactement confondre la qualité de la chose et la chose elle-même. Si je dis que ce qui caractérise la chaleur est sa qualité d'être chaude, alors je ne dis rien sur le phénomène lui-même: la sensation de chaleur ressentie mise à part - parce que pouvant être expliquée par une physiopsychologie-, qu'en est-il de la cause de cette sensation, soit le phénomène (un feu, par exemple) et comment en expliquer la structure?

De plus, le défaut d'une telle définition du concept de communication sociale est de faire reposer la description d'un phénomène (social) sur l'existence d'un phénomène d'un autre ordre, soit en l'occurrence, l'existence d'un moyen de diffusion de contenus d'information - autre concept dont le sens n'est pas davantage précisé. L'on reprend ainsi sans peut-être même s'en rendre compte, l'idée fort spécieuse selon laquelle la communication (sociale ou non) est déterminée par l'existence de quelque dispositif technologique que ce soit.

Bref, cette définition est à rejeter.

Quant à moi, une théorie de la communication sociale doit revoir l'ensemble des éléments qui ont jusqu'ici servi à la définir.

Dans mes recherches, je propose une paramétrisation composée de quatre paramètres que sont: a) le contexte; b) le dispositif; c) les acteurs; d) les enjeux.

Chacun de ces paramètres est défini en fonction d'attributs méthodologiques. En effet, comme il s'agit d'étudier un phénomène social, chacun d'eux sera dès lors défini comme participant d'une théorie sociologique qui aura pour fonction de fournir une sémantique (une interprétation sociologique) à chacun. Ce faisant, l'on peut espérer préserver la théorie de la communication sociale de toute circularité et ainsi rendre opératoires les définitions des concepts qu'elle utilise.

Pour ce faire, je propose des définitions plus larges à ces concepts que ce qui leur est habituellement attribué. Par exemple, le concept de contexte sera défini non pas comme étant a priori communicationnel mais comme étant social: ce concept de contexte sera défini à partir des liens sociaux entre des acteurs sociaux, des dispositifs communicationnels et des enjeux directement liés à la communication. Évidemment, chacun de ces paramètres doivent au préalable recevoir une définition particulière. (Ce que je fais ailleurs.) Il ne s'agit que d'un exemple de construction de paramètre qui permet de voir que le système complet est ordonné et que celui de contexte devient notoirement le principal socle sur lequel repose la théorie.




5 commentaires:

Daniel Lemire a dit…

Intéressant.

Bon. Imaginons qu'on veuille adapter ton idée initiale, c'est à dire que la définition de la communication (sociale) généralement utilisée n'en est pas une.

Prenons maintenant un concept qui m'est plus cher et qui est peut-être plus simple. Celui de la communication entre ordinateurs. On peut dire qu'il y a communication entre deux ordinateurs si un message (codé en bits) passe d'une machine à l'autre. Bref, qu'une seconde machine obtienne copie d'une séquence de bits qui figurait sur l'autre machine à l'instant précédent.

Ça semble, à priori, être une définition cette fois-ci, mais peut-être pas.

Ok. Je suis à l'extérieur des deux machines et je cherche à vérifier si elles communiquent.

Il faut nécessairement que le message passe entre les deux machines. Ainsi, deux machines faisant le même calcul ne "communiquent pas" même si elles acquièrent la même "information" (les mêmes bits).

Comment tester si vraiment le message passe? Il faut qu'il soit possible de l'intercepter? Que dire alors d'un échange d'information cryptée? Par exemple, Brassard et al. a montré qu'on pouvait communiquer au moyen de la mécanique quantique de manière à ce qu'un intermédiaire ne puisse intercepter la communication.


Comment alors est-ce que je peux prouver que deux machines "communiquent"?


Je ne vois qu'une seule façon de faire. Je dois communiquer une information à la machine A, qui doit le transmettre à la machine B et me le retransmettre. Alors seulement est-ce que je saurai qu'il y a communication entre la machine A et la machine B.

Ainsi, pour déterminer s'il y a communication, je dois faire partie du système!!!

En somme, je ne peux appliquer la définition de la communication que si je suis moi-même un être communiquant au sens où je peux communiquer des bits.

Sebastien a dit…

Je vous suis jusqu'ici. Je surveille la suite...

Jean Robillard, Ph.D. a dit…

Est-ce que j'accepte que tu puisses "communiquer" avec une machine? Tout à fait, en autant que tu conserves les guillemets enserrant le verbe communiquer. Les guillemets ont ceci de bon qu'ils travestissent, en ce contexte, le sens initial du mot. Ainsi, "communiquer" devient en quelque sorte une métaphore de communiquer, un sens inhabituellement donner au mot original. Il faut dès lors définir le terme "communiquer", guillements compris. Mais je comprends que tu lui prêtes un sens plus près de son étymologie: être en relation avec qqn ou quelque chose. Alors, oui, tu peux communiquer en ce sens avec une machine, mais il faut maintenant circonscrire cette relation, la caractériser. Dire qu'il s'agit d'un échange de bits est insuffisant. Car cela est faire d'un modèle un réalité: l'ordinateur échange des bits (des signaux électroniques binaires), toi aussi, en tapant sur le clavier de ton ordinateur. Mais ton cerveau, lui? Répondre dans l'affirmative revient à prendre le modèle informationnel pour la chose représentée.

Dans cette mesure, je ne crois pas que le web ressemble à la communication sociale.

Dire que l'humain est une machie de Turing, je veux bien. Mais il s'agit encore une fois d'une métaphore, au pire d'une métonymie, au mieux d'une exagération: l'affirmation pose l'identité ontologique entre un concept et une réalité factuelle complexe. Infalsifiable, la thèse de cette identité ou la thèse opposée? Certainement!!! Parce qu'il s'agit, simplement, de thèses métaphysiques, non de thèses scientifiquement testables.

Daniel Lemire a dit…

Je pense que mon commentaire appuyait en fait ta thèse. Mais il était peut-être inattendu pour toi.

Mon intention était de ramener ton billet à quelque chose de plus simple. Je pense avoir montrer que même un modèle simpliste de la "communication" (avec les guillemets) n'est pas si simple que ça, après tout.

En effet, dire que des machines peuvent échanger des bits est une chose, mais si on ramène une machine, à une machine de Turing, il n'y a qu'une façon pour deux machines puisse communiquer, il faut que l'un puisse écrire sur le ruban de l'autre, et vice versa.

En pratique, cependant, il n'y a pas de rubans, que des impulsions électriques qui circulent dans un fil. Bah! Même pas dans un fil, puisse que nous avons maintenant le sans fil...

Quand vient le temps de "falsifier" l'hypothèse d'une communication entre machines, rien n'est évident.

Maintenant, si on dit qu'un humain "communique" "quelque chose" à d'autres humain... on ne peut s'attendre à définition simpliste. On sait d'avance, par ce qu'on a appris avec la communication entre les machines, que pour vérifier s'il y a communication, il faut être, soit même, un être communiquant. Tu dirais sans doute qu'il faut être, en plus, un être humain, ou du moins, un être intelligent qui est intégré dans le processus de communication. Ce n'est peut-être pas dire grand chose, mais ça nous enseigne quand même que rien n'est simple dans le vie, dans l'éventualité où nous en doutions et que l'on ne peut écarter le contexte.

melafra a dit…

bonjour je suis actuellement une formation professionnel dans le secteur d aide soignante,dans le cadre du cours de communication social j ai 1travail de fin d'année a remettre ,j ai déjà choisi mon sujet qui est "le dépassement des limites(ou de soi)".pourriez-vous m indiquer quelques référence qui traite ce sujet ,pour moi c est très imager mais je voudrais avoir des écrit qui reprennent la généralité.je vous remercie d avance